
Extraits du texte
Scène I : ROLAND, MONICA
ROLAND
Ces scènes de ménage deviennent insupportables. Elles s’enchaînent à des rythmes de plus en plus fréquents. Je prends des notes. Pour savoir. Me rendre compte de l’importance du phénomène. Tu es phénoménale, Monica. Pour l’instant, c’est tous les huit jours, avant, c’était tous les quinze jours. Il y a un peu plus de six mois, les crises apparaissaient une fois par mois ! Tu es malade, Monica, je me dois de te le dire ! C’est pour ton bien. Et pour le mien aussi. Tu es malade et ça me rend malade de te voir, de te savoir malade. Je ne vais pouvoir suivre. On ne peut plus faire l’amour ! Il y a un an…j’ai pris des notes, on faisait l’amour deux fois par semaine, ce qui est remarquable pour un couple de notre âge, et compte tenu de la durée de notre mariage, plus de vingt années, Monica ! Tu dois consulter. Ta jalousie n’est plus compatible avec notre sexualité ! Maintenant, comme tu me fais une scène de ménage chaque semaine, pendant deux jours, c’est la gueule, le troisième, on se reparle et avant même que l’occasion de faire l’amour se présente, tu me fais une nouvelle scène de ménage, et pourquoi, tu peux me le dire, sans preuve aucune, tu me soupçonnes avec une mes clientes…
MONICA
Tu les appelles des clientes, maintenant, c’est nouveau, ce changement de langage.
ROLAND
C’est comme ça désormais avec Améli, on parle de clients et de clientes !
MONICA
Tiens, c’est qui cette Amélie ?
ROLAND
Pas Amélie, Améli, sans E.
MONICA
Connais pas d’Amélie, avec ou sans E ; c’est ta nouvelle cliente et maîtresse !
ROLAND
C’est le nom du site internet de la Sécu !
MONICA
Prends-moi pour une sotte ! Et leur site s’appelle Améli sans E. Tu vas me faire gober ça. Je connais un Valéry sans E mais avec un Y, mais il a été président de la République et il est mort….Elle est morte ton Améli sans E et…sans Y ?
ROLAND
Avec un i ; juste un i.
MONICA
C’est vraiment idiot de l’avoir appelé comme ça, ce site. Moi, je l’aurais appelé Rémi. I sans E !..Il n’empêche que tu me trompes ; un mari qui a le nez fourré dans les sexe des femmes – je sais, tu me dis les doigts, juste les doigts – ça m’étonnerait pas qu’il arrive à y mettre aussi autre chose, je ne suis pas complètement conne !
ROLAND
Mais c’est mon métier, ma pauvre Monica, je suis gynécologue ! Je passe ma vie à voir des cons !
Note d’intention de l’auteur Pascal Olive
Après m’être frotté aux tragédies classiques, j’ai souhaité aborder le théâtre de boulevard avec Dernière scène de ménage. Je pars du trio le plus classique des comédies – le mari, sa femme et la maîtresse – et j’arrive aux mœurs les plus contemporaines. J’ai voulu un texte coquin sans être grivois, des surprises, et laisser cours aux fantasmes. En auteur toujours féministe avec des personnages masculins souvent lâches ou dominés par mes héroïnes féminines, le mari qui se croyait le pire des coureurs de jupons découvre finalement qu’il est dépassé par les roueries de ses deux partenaires de jeux, Monica l’épouse et Valérie la jeune maitresse. Tel est pris qui croyait prendre ! Mais cette fois, j’ai offert à Roland – mon brave gynécologue – une sortie honorable et tout le monde gagne à la fin un supplément de libertinage, rebaptisé polyamour !
